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Viser juste, frapper fort. Iris von Roten par la traductrice Camille Logoz

Iris von Roten a écrit le manifeste féministe le plus important de Suisse, mais ce n’est que des dizaines d’années plus tard que ce texte a été redécouvert. Quel rôle peut jouer la traduction dans la revalorisation d’un texte ? Quelle est l’étendue de l’actualisation qu’elle permet ? À l’ère post-#MeToo​, la traduction de « Frauen im Laufgitter », un texte issu de la première vague, pose d’importantes questions. Si les luttes ont évolué, est-ce toujours la même lame de fond qui soulève les colères d’aujourd’hui et d’hier ?
Comment transposer la radicalité d’une pensée entre les époques et entre les langues ?
Da treffen, wo es wehtut. Iris von Roten verfasste das wichtigste feministische Manifest der Schweiz – ein Text, der erst Jahrzehnte später wertgeschätzt wurde. Welche Rolle kann eine Übersetzung in der Wiederentdeckung eines Textes spielen? Inwiefern darf ein Text durch die Übersetzung aktualisiert werden? Auch in der Post-#MeToo​-​​Ära stellt die Übersetzung von « Frauen im Laufgitter », ein Text aus der ersten feministischen Welle, noch immer wichtige Fragen. Die Kämpfe mögen sich weiterentwickelt haben, doch sind es nach wie vor die gleichen Themen, welche die Gemüter erhitzen? Wie überträgt man die Radikalität einer Schrift von einer Epoche und Sprache in die andere?
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Le film, teasers 1,2,3

BILAN D’UNE EPOPEE : 50 ans du droit de vote des femmes en Valais

A l’occasion de cet anniversaire, Via Mulieris a souhaité recueillir le témoignage de personnalités féminines qui ont marqué l’histoire et la vie politique du canton. 

La première partie du film est consacrée à l’histoire du suffrage féminin en Valais et en Suisse. Elle relate la votation de 1957 à Unterbäch et les événements qui ont suivi pour que les citoyens accordent finalement le droit de vote aux femmes en 1970. 

La deuxième partie du film dresse un bilan de l’accès des femmes aux mandats électifs. En 1971, Gabrielle Nanchen est la première Valaisanne élue au Conseil national. L’année suivante, de nombreuses femmes se présentent aux élections communales mais peu sont élues. Aujourd’hui encore, on dénombre moins de 20% de femmes élues au Grand conseil ou dans les Conseils communaux. Ce n’est qu’en 2009 que la première femme accède au Conseil d’Etat : Esther Waeber-Kalbermatten.

Le troisième volet aborde quelques thèmes sociaux qui ont fait l’objet des préoccupations des femmes au cours de ces cinquante dernières années : les questions liées à la contraception et à l’avortement, la difficile conciliation des tâches familiales et professionnelles, le congé maternité, les différences salariales entre hommes et femmes et enfin les questions liées à la violence faite aux femmes. Enfin, la parole est donnée à la jeune génération de femmes, qui expriment clairement leurs attentes et leurs besoins, dont certains thèmes ont été remis en évidence par la grève des femmes du 14 juin 2019.

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DE LA LUTTE à L’URNE – le NF du 7.04.20

COMME UNE GRANDE Le 6 juin 1971, les citoyennes valaisannes votent pour la toute première fois de leur histoire. A Sion, une femme entend bien mettre elle-même son bulletin dans l’urne, sous le regard amusé de Michel Dubuis, conseiller communale. Le Nouvelliste

De la lutte à l’urne

C’était il y a cinquante ans. Le 12 avril 1970, les Valaisans octroient le droit de vote et d’éligibilité des femmes sur le plan cantonal. A l’aide de nos archives, vivez ou revivez ce grand moment de l’histoire de notre canton.

PAR NOEMIE.FOURNIER@LENOUVELLISTE.CH

L’échec est cuisant. Nous sommes le 1er février 1959. La Suisse se prononce sur le suffrage féminin au niveau fédéral et la défaite est sévère. 67% du corps électoral s’oppose à l’introduction du droit de vote des femmes et le taux de participation – 66% – est le plus élevé depuis une quinzaine d’années. «Cela va forcer les suffragistes à recommencer par le commencement», note, satisfait, «Le Nouvelliste» d’alors. 

Car pendant la campagne, le quotidien valaisan n’a pas caché son désaccord. «Parler politique entre femmes, c’est parler dentelles entre hommes.» «Même pour la mode les femmes font confiance à l’homme. L’exemple des grands couturiers en est une preuve.» «La femme suisse sait depuis toujours qu’elle peut gouverner l’homme sans droit de vote, c’est pourquoi elle s’en passe volontiers.»

Ces petits slogans, non signés mais tout à fait révélateurs, que l’historienne Raphaëlle Ruppen Coutaz a repéré pour son étude «La conquête du suffrage féminin en Valais», étaient disséminés dans les pages d’un journal valaisan alors en mains d’André Luisier. 

Le 30 janvier 1959, une semaine à peine avant le scrutin, ce dernier signe un édito éloquent. Titré «Je suis pour et je voterai contre», ce billet attaque de front la manière de procéder et l’empressement des suffragistes. «Comme s’il y avait le feu à la grange, on se précipite, on bouleverse notre belle tradition fédéraliste pour mieux se persuader que c’est une affreuse injustice, une indicible honte de vivre aux côtés de femmes privées de ce droit mirobolant.» 

Bref. Pour André Luisier, on ne commence pas la construction d’une maison par son toit. Et d’ailleurs, «pourquoi leur imposer un droit, plus: un devoir que la plupart ne se sentent ni désireuses ni prêtes à accomplir. Est-ce vraiment si honteux que la majorité des femmes suisses fassent entièrement confiance aux hommes dans la pratique unique au monde de la démocratie directe?» 

Les suffragettes, ces emmerdeuses

«Du paternalisme», commente Liliane Varone. Journaliste en ce temps-là, la Valaisanne se souvient de l’atmosphère toute particulière qui règne alors dans le canton. «Le problème, c’est que les suffragettes étaient des femmes d’âge mûr, majoritairement célibataires, qui n’étaient pas prises au sérieux.» En un mot, des emmerdeuses. «Pour beaucoup, ces femmes avaient soit un problème de caractère, soit un problème de fesse», résume Liliane Varone. 

Emmenées par Renée de Sépibus, fondatrice et présidente de l’Association valaisanne pour le suffrage féminin (AVPSF) depuis sa création en 1945, les suffragettes – et suffragistes, la section valaisanne est la première du pays à accepter les hommes – se donnent corps et âme pour gagner en influence et faire entendre leurs revendications.

L’AVPSF, appuyée par l’Association suisse pour le suffrage féminin, publie des informations et des articles dans les journaux, organise de nombreuses conférences, mobilise les élites politiques et religieuses, use de la propagande personnelle afin de rendre visible la question du suffrage féminin. «Les faits prouvent que la majorité des gens intelligents et cultivés nous soutient. Si les masses sont encore réfractaires, c’est par ignorance. Il est donc de notre devoir de les éclairer», peut-on lire sur le brouillon d’un discours de Renée de Sépibus, diffusé par l’historienne Raphaëlle Ruppen Coutaz.  L’AVPSF, appuyée par l’Association suisse pour le suffrage féminin, publie des informations et des articles dans les journaux, organise de nombreuses conférences, mobilise les élites politiques et religieuses, use de la propagande personnelle afin de rendre visible la question du suffrage féminin. «Les faits prouvent que la majorité des gens intelligents et cultivés nous soutient. Si les masses sont encore réfractaires, c’est par ignorance. Il est donc de notre devoir de les éclairer», peut-on lire sur le brouillon d’un discours de Renée de Sépibus, diffusé par l’historienne Raphaëlle Ruppen Coutaz. 

En 1966, la motion Couchepin, qui défend l’introduction du suffrage féminin au niveau cantonal, est déposée auprès du Grand Conseil. Trois ans plus tard, Hermann Pellegrini, futur rédacteur en chef du «Nouvelliste», prend la présidence de l’AVPSF. Il deviendra le visage et l’interlocuteur incontournable en matière de suffrage féminin, suffrage qui participe selon lui à une meilleure définition du mot démocratie et que «les femmes ne considèrent pas comme un dû mais comme une conséquence normale de la place qu’elles occupent dans la vie économique, sociale et intellectuelle du pays». 

Ça va venir alors autant maintenant 

La campagne est assez détendue. «Il y avait une espèce de condescendance, ou un sentiment d’obligation», se souvient Liliane Varone. Le suffrage féminin allait venir alors autant maintenant. «Comme s’ils ne voulaient pas, une fois de plus, passer pour les vieux Valaisans conservateurs.» 

«Le Nouvelliste», lui, fait quasi volte-face. Contrairement à 1959, il offre une grande place dans ses colonnes aux partisans du suffrage féminin et ne manque pas de rappeler la portée historique du vote. Les trois semaines qui le précèdent, presque toutes les unes font mention du scrutin à venir. 

Le 26 mars 1970, à dix-sept jours du vote et sous une photo qui présente le tout nouvel équipage fraîchement formé d’Apollo 13, le journal rappelle la position du Conseil d’Etat sur le sujet. «Ce n’est pas en limitant ses préoccupations au cercle étroit de la famille, mais en s’intéressant aux questions qui regardent l’ensemble de la société, que la femme sera en mesure de faire de ses enfants non des égoïstes, mais des hommes et des citoyens. Le fait que l’homme et la femme voient et jugent les choses sous un angle différent n’est pas une raison pour négliger l’opinion de la femme. L’octroi des droits politiques à la femme n’est pas lié à la question de savoir si quelque chose changera ou ne changera pas après par rapport à avant. Il s’agit, en l’occurrence, de savoir si l’on a le droit de se priver des femmes qui veulent participer à la vie de la cité à l’heure ou beaucoup d’hommes s’en désintéressent.»

La veille du scrutin, sans trop se positionner, l’éditorial d’André Luisier est une injure à l’abstentionnisme. «Dans les grandes occasions, les citoyens valaisans se sont toujours distingués par leur participation aux urnes. Cette fois, l’occasion est véritablement historique. La manquer constituerait bien plus qu’une erreur. Ce serait une faute.» 

Le Jour J

12 avril 1970. Le jour J. «Le Nouvelliste» a été entendu et le 2/3 de l’électorat se rend aux urnes. Le score est sans appel. 26 263 oui pour 9895 non. Presque trois contre un. Le score le plus net enregistré jusqu’alors. «C’est véritablement un «oui» de grand cœur à la femme valaisanne», titre le lendemain «Le Nouvelliste». Sept communes seulement refusent l’objet. Dans le Valais romand, elles ne sont que deux: Savièse et Lens. Une seule voix départage les Lensards, deux les Saviésans. «Ces communes s’aligneront volontiers sur l’imposante majorité cantonale», écrit André Luisier. 

Ce résultat est décrit comme «un hommage rendu à la femme valaisanne». Mais celle-ci ne descend pas dans la rue pour célébrer cette journée que tout le monde décrit comme historique. Plus qu’un moment pivot, le 12 avril 1970 n’est que la première étape d’une longue lutte en matière de reconnaissance des droits. Si elles ont désormais celui de voter, les femmes sont encore, dans bien des domaines de leur vie courante, assistée de leur mari. 

Plus qu’un droit, un devoir

«Le Nouvelliste» tient à le rappeler dès le lendemain du scrutin: «Voter est un droit, certes, mais c’est un DEVOIR.» En majuscule dans le texte. «Oh, nous ne demandons pas à nos citoyennes d’être plus assidues que les hommes. Nous les prions simplement de l’être autant. » 

Le succès du scrutin fait grand bruit dans toute la Suisse. On raconte que si même le Valais, ce Vieux-Pays, accepte le suffrage féminin, alors le droit de vote des femmes au niveau fédéral, dont la votation est attendue l’année suivante, sera une sinécure. La prophétie se réalise le 7 février 1971 puisque l’objet est accepté à 66% des voix. En Valais le score est incontestable: c’est oui à quatre contre un. 

Elles prennent, enfin, le chemin des urnes

Le 6 juin 1971, les femmes prennent le chemin des urnes pour la toute première fois. Les objets sont fédéraux: le régime financier de la Confédération et la protection de l’homme et de son milieu naturel. De nombreuses Valaisannes se sont endimanchées pour l’occasion. 

A Martigny, les isoloirs sont entourés d’un parterre de fleurs pour accueillir dignement les nouvelles électrices. Le taux de participation, de 25%, est faible, et il sera encore pire, 17%, en automne, pour les premières votations cantonales ouvertes aux femmes. «Il n’y a pas de quoi pavoiser», commente «Le Nouvelliste».

Si le suffrage féminin est entériné, le réveil civique, lui, somnole encore.

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Ces pères fondateurs oubliés de l’histoire

Valais: ils sont les pères fondateurs du droit de vote des femmes et l’histoire ne s’en souvient pas

par Noémie Fournier 
Le Nouvelliste le 06.04.20

Il y a cinquante ans, les Valaisans acceptaient à plus de 72% l’octroi du droit de vote des femmes sur le plan cantonal. Pour marquer le coup, «Le Nouvelliste» revient sur cette page importante de l’histoire de notre canton. Dans ce premier épisode, retour sur la genèse de la motion. 

Ils sont six. Six hommes. Le 31 janvier 1966, François Couchepin, Charles Cleusix, Charles-Marie Crittin, Charly Gaillard, Roger Marin et Jean Vogt déposent une motion qui défend l’introduction du suffrage féminin au niveau cantonal. L’histoire ne se souvient pas d’eux pour ça. Aucune rue ne porte leur nom. Ce sont des protagonistes sans gloire, des pères fondateurs sans mont Rushmore.

Il faut dire que ces députés, tous radicaux du district de Martigny, ont «simplement» couché sur papier un droit qu’ils trouvaient vital. Ils ont «simplement» été les porte-voix de l’Association valaisanne pour le suffrage féminin (AVPSF), conduite dès 1946 par des femmes qui, elles, ne pouvaient siéger au Grand Conseil.

Aujourd’hui, cinq de ces six hommes sont décédés, et les souvenirs font défaut au dernier. François Couchepin aura néanmoins donné son nom à la motion.

Retour sur ce texte fondateur, né sur les pistes de ski, et dont le succès annoncera celui, une année plus tard, de l’introduction du droit de vote des femmes sur le plan fédéral.

FRANÇOIS COUCHEPIN: DÉCIDÉ ET DÉSINVOLTE 

«C’était un dimanche après-midi, sur les pistes de Verbier.» Anne-Marie Couchepin est une femme volontaire et engagée. Ce n’est pas essentiel au récit mais c’est pour éviter de commencer par la décrire comme l’épouse de François Couchepin. Ce 30 janvier 1966, le couple a une discussion animée sur les télésièges bagnards. Tous deux en sont convaincus: le droit de vote des femmes est une nécessité, une urgence, une évidence. «Je dépose une motion demain matin», conclut le député, futur chancelier de la Confédération.

«Quand on y repense, c’était assez désinvolte», s’en amuse Anne-Marie Couchepin. L’engagement est tenu et la motion, signée de la délégation radicale de Martigny, est déposée le lendemain.

François Couchepin. © Le Nouvelliste/Archives

François Couchepin. © Le Nouvelliste/Archives

Ce n’est toutefois pas la première fois qu’une telle demande émane du Parlement. En 1945, le Grand Conseil rejette la motion de Peter von Roten pour l’égalité politique entre les sexes. Vingt ans plus tard, les temps ont changé. Le statut de la femme a évolué. Les voix féministes se sont élevées, et les injustices sont dénoncées. «Quand nous nous sommes mariés, nous vivions sur mon salaire d’enseignante comme François était encore étudiant», se souvient Anne-Marie Couchepin. «Et bien que ce soit mon argent, je devais avoir sa permission pour user du carnet de chèque.»François Couchepin. © Le Nouvelliste/ArchivesCe n’est toutefois pas la première fois qu’une telle demande émane du Parlement. En 1945, le Grand Conseil rejette la motion de Peter von Roten pour l’égalité politique entre les sexes. Vingt ans plus tard, les temps ont changé. Le statut de la femme a évolué. Les voix féministes se sont élevées, et les injustices sont dénoncées. «Quand nous nous sommes mariés, nous vivions sur mon salaire d’enseignante comme François était encore étudiant», se souvient Anne-Marie Couchepin. «Et bien que ce soit mon argent, je devais avoir sa permission pour user du carnet de chèque.»

Une autre époque vous dites? A l’échelle de l’humanité, c’était hier.

NULLE PART LA PAIX DES MÉNAGES N’EN A SOUFFERT

Le 2 février 1967, la motion Couchepin est acceptée par le Grand Conseil. Une première victoire pour les partisans – et les partisanes – du suffrage féminin. Mais le chemin est encore long avant la votation populaire où, devrait-on dire, la votation masculine.

Le 22 mai de la même année, le Conseil d’Etat prend position dans son message au Parlement. Morceaux choisis: «Partout où il a été introduit, le suffrage féminin a donné de bons résultats. Ni la paix des ménages ni la dignité de la femme n’en ont souffert.»Partout où il a été introduit, le suffrage féminin a donné de bons résultats. Ni la paix des ménages ni la dignité de la femme n’en ont souffert.

«On doit se demander pourquoi les hommes persistent, en aussi grand nombre, à refuser le droit de vote aux femmes. Il semble qu’il s’agisse d’une question d’égoïsme et de fierté masculine. Peu à peu dépossédés de leurs prérogatives ancestrales de par la force des choses, les hommes s’attachent jalousement à la dernière qui leur reste: l’exercice des droits politiques.»

«Les luttes politiques ont, dans bien des communes, un caractère si âpre et déplaisant que l’homme répugne à y voir les femmes directement mêlées.»

Le texte est signé du président du Conseil d’Etat, Marcel Gross, et du chancelier d’Etat, Norbert Roten. «Tous deux ont été membres du comité cantonal de l’AVPSF», rappelle l’historienne Raphaëlle Ruppen Coutaz, dans son étude «La conquête du suffrage féminin en Valais». Leur conclusion est donc prévisible: «La reconnaissance des droits politiques aux femmes est un postulat de la justice et de la dignité humaine. La femme est, à l’égalité de l’homme, un être humain à part entière, selon l’expression à la mode, et elle a droit à toutes les prérogatives rattachées à la personne.»

En conclusion, le message demande ainsi à la Haute Assemblée «de bien vouloir reconnaître opportune la modification de la Constitution en vue de l’octroi du droit de vote et d’éligibilité aux femmes».

Le Parlement y abonde à l’unanimité moins une voix, celle du conservateur André Savioz. On y reviendra.

TENTATIVES DE SABOTAGE

Sous prétexte de la lenteur des travaux préparatoires, «l’exécutif fait en sorte que les femmes, en admettant que le suffrage soit accepté, ne puissent pas participer aux prochaines élections du Conseil d’Etat et du Grand Conseil», écrit Raphaelle Ruppen Coutaz.

Les discussions sur le suffrage féminin sont reprises en septembre 1967, puis véritablement en novembre 1968. Là, André Savioz clame une nouvelle fois son désaccord: «Il est inutile, aujourd’hui, au Grand Conseil, d’être tous unanimes, tous partisans de l’octroi du suffrage féminin et demain, quand nous serons seuls devant l’urne, nous voterons non. Je préfère dire aujourd’hui que je suis réticent et ne pas tromper ceux qui travaillent honnêtement pour l’introduction du suffrage féminin.»

Un autre député conservateur propose que le suffrage féminin soit d’abord institué au niveau communal et un troisième, craignant d’imposer aux femmes une chose qu’elles ne voudraient pas, glisse l’idée de consulter ces dernières avant de soumettre l’objet en votation.

C’en est trop pour François Couchepin, qui juge ces suggestions inacceptables. «Je pense que les personnes qui veulent véritablement s’opposer au droit de vote des femmes doivent avoir le courage de le dire au lieu de faire des propositions qui sont en fait des actes de sabotage.» Ces propositions sont des actes de sabotage.

L’homme est entendu. Le Parlement accepte à l’unanimité, moins une voix, celle d’André Savioz, de soumettre l’objet en votation. 

Le rendez-vous est pris. Le 12 avril 1970, les Valaisans voteront, et plébisciteront, l’introduction du droit de vote de femmes au niveau cantonal.

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Médias et publications

Suzanne Necker, par Madline Favre

 Nous saluons la parution du livre de Madline Favre, membre Via Mulieris,  sur une femme suisse en avance sur son temps : Suzanne Necker.

Cet ouvrage illustre le projet expérimental de l’hospice de charité fondé à Paris en 1778 par Mme Necker.  Cette noble Vaudoise a ainsi pu lier la philanthropie avec les balbutiements de la santé publique au sein de cet hospice, ancêtre de l’hôpital Necker et de son service de pédiatrie renommé.

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Assemblées

Assemblée générale 2018

Jeudi 15 novembre, à 19h00, salle du Préau, Route de l’Ecole 10, 1891 Vérossaz

L’assemblée sera suivie de la conférence-performance
TERRITOIRES
présentée par le Collectif Les Indociles et produite en collaboration avec la Haute Ecole de Travail social, HES-SO Valais-Wallis.

Le verre de l’amitié sera offert par la commune de Vérossaz. Invitation cordiale à toutes et tous !

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Conférences, Evénements, Médias et publications

Vernissage et conférence

Le 15 mars 2018 s’est tenue à Sierre une manifestation pour présenter le numéro des Annales valaisannes sur L’histoire des femmes en Valais.

Une courte présentation de l’ouvrage a été suivie d’une conférence de Madame Elena Pont sur le thème : «La reconstruction du parcours professionnel de personnes paraplégiques : entre système de genre et stratégies d’émancipation».

Des exemplaires de cet ouvrage peuvent être obtenus auprès de la Présidente, Maryline Morard.

Photos de la soirée

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Assemblées

Assemblée Générale 2017

Assemblée générale, salle de l’Hôtel de Ville, Martigny. L’assemblée a été suivie par la projection publique d’un film « extraits » de la conférence de Mme Cilette Cretton sur la mixité à l’école, et d’une table ronde sur le thème : Ecole et Egalité : une utopie ?

Avec la participation de :
– Mme Isabelle Darbellay Métrailler, cheffe de l’Office cantonal de l’égalité et de la famille, Sion
– M. Jean-Philippe Lonfat chef du Service de l’enseignement, Sion
– Mr Olivier Wicky, doctorant à l’Université de Lausanne  
  Modératrice : Mme Cilette Cretton, membre de Via Mulieris.

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Colloques

L’histoire des femmes en Valais : statuts, rôles et pouvoirs du XVIIe siècle à nos jours.

Colloque historique scientifique  L’histoire des femmes en Valais : statuts, rôles et pouvoirs du XVIIe siècle à nos jours.

Le colloque a réuni le 29 avril plusieurs historiens-nnes, sociologues, anthropologues, historiens-nnes de l’art et écrivains, à la HES-SO de Sierre. Cette journée de conférences  a permis de dresser un bilan de l’état de la recherche sur les femmes en Valais et  d’illustrer les fondements d’une thématique encore peu explorée dans ce canton. Bien que longtemps privées de droits juridiques et civils, les Valaisannes ont été, elles aussi, actrices des changements et de l’évolution du Vieux-Pays. C’est ce qu’a mis en lumière ce colloque interdisciplinaire afin d’écrire, à l’avenir, une histoire valaisanne qui tienne compte de la contribution féminine au développement social, économique et politique du canton.

La moitié invisible de la préhistoire

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Comprendre ! Tel fut le mot qui me permit de découvrir que l’homme préhistorique était aussi une femme ! Comprendre que cette constatation, pleine de bon sens, n’a guère effleuré les préhistoriens, pour qui la question de la femme est longtemps restée marginale dans les enquêtes sur cette période. Concrètement, c’est « l’homme préhistorique », artisan, chasseur, artiste, conquérant qui a surtout alimenté les débats scientifiques.

La femme, elle, fut souvent considérée comme tristement passive et reproductrice, et livrée aux fantasmes, aux mythes inspirés de la Bible ou aux lieux communs colportés depuis le XIXe siècle. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer à ce propos que les femmes dans la religion catholique durent et doivent toujours en premier lieu être fidèles et fécondes, et qu’elles sont toujours, à des degrés variables, reléguées à un statut social globalement secondaire.

Des décennies durant, les archéologues n’ont livré dans leurs reconstitutions et leurs récits que l’image du héros mâle fourbissant ses armes et poursuivant indéfiniment le gros gibier. Il est ainsi réjouissant de constater l’intérêt nouveau pour l’existence des femmes depuis les époques reculées du paléolithique. La célébrité de Lucy en est la preuve.

Partant de ce constat, il est intéressant de relever qu’en 2013, la RTS a eu la bonne idée de créer une série de quatre films autour de six personnalités ayant marqué l’histoire suisse : Werner Stauffacher, Nicolas de Flue, Hans Waldmann, Guillaume-Henri Dufour, Stefano Franscini et Alfred Escher. Malgré le fait que les femmes représentent 50% de la population, aucune ne fut considérée comme digne d’avoir marqué les 600 ans d’histoire retenus, à savoir de la naissance de la Confédération, au XIIIe , à l’avènement de la Suisse moderne au XIXe siècle ! Nous pouvons affirmer que les têtes pensantes ayant conçu et imaginé ces séries se situent dans la droite ligne de ce qui se passe depuis que l’écriture existe : les textes fondateurs (les mythologies, la Bible, le Coran, les lois, etc.) ont été écrits par les hommes pour les hommes, les femmes n’y ont aucune place, sinon celle de procréatrice et de servante.

En 2013, il semble qu’on en soit encore au stade de la préhistoire : les femmes n’existent pas ou on les nie. Le choix de ces six personnalités fut décidé par une commission de quatre journalistes et historiennes et historiens de la Suisse alémanique, du Tessin et de la Romandie, comprenant deux hommes et deux femmes… ce qui me laisse songeuse… L’histoire n’est pas un monolithe. Chaque époque revisite son passé par rapport à ses nouvelles connaissances et valeurs. Il est évident que si l’on ne s’intéresse qu’aux chefs de guerre (trois sur six dans la série en question) ou aux pionniers de l’industrie, on ne trouvera que des hommes.

En revanche, si l’on s’intéresse au peuple, on trouvera autant de femmes que d’hommes. Or, ce sont les peuples qui sont la chair de l’histoire. De tout temps, les femmes et les hommes ont cohabité, se sont côtoyés dans la sphère privée comme dans la sphère publique. C’est donc un mélange, une mixité qui va au-delà des seuls critères amoureux, sexuels, familiaux. On y retrouve l’amitié, l’échange de savoir, le contact et donc la coéducation. Une histoire attentive aux deux sexes pourrait faire surgir de nouveaux objets et permettrait d’en réévaluer d’autres considérés comme anecdotiques : l’intime, les émotions, le corps, les sexualités, l’amour, la maternité… Elle suggérerait que le privé fait également partie des faits historiques. Les enjeux liés à la reproduction et à la maîtrise de la fécondité ont toute leur place dans l’enseignement de l’histoire sociale et politique.

L’association Via Mulieris, créée en août 2014 dans le cadre des célébrations du bicentenaire de l’entrée du Canton du Valais dans la Confédération, vise à encourager les recherches menées sur et par les femmes en Valais. Il faut souligner le travail accompli depuis lors par les fondatrices, qui ont pris le parti de combler les silences de l’histoire et de mettre en valeur la part féminine de la société valaisanne. La concrétisation de ce travail par la publication des Annales valaisannes 2017 est la preuve concrète du travail accompli et sera un outil de référence essentiel pour les jeunes générations. En conclusion, je citerai Karen Blixen (écrivaine aventurière et journaliste danoise), qui écrit en 1953

 : « Je sais la dette contractée envers les vieilles féministes, maintenant dans leur tombe. Si, dans ma vie, j’ai pu poursuivre des études, faire ce que je voulais et comme je le voulais, si j’ai pu voyager seule autour du monde, si j’ai pu faire librement publier mes idées et même si je peux aujourd’hui parler à ce pupitre, je le leur dois, et il est peu de personnes que j’honore et respecte davantage. Je sais que, pour obtenir de pareils biens au bénéfice des générations de femmes à venir, elles ont traversé bien des épreuves et renoncé à plus encore, qu’il leur a fallu supporter scandale et ridicule, et que, sans interruption, elles ont dû combattre préjugés et méfiance. »

Aujourd’hui, ces mots je les fais miens.

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Colloques

La longue lutte des valaisannes pour exister dans l’histoire.

Par Christine Savioz  03.05.2017, 13:23 Actualisé le 03.05.2017 à 17:00

EGALITE Un récent colloque sur l’histoire des femmes à Sierre a permis de constater que les historiens ne les ont prises en compte qu’à partir de la fin de la deuxième guerre mondial.

«Il faut que ce soit les femmes qui parlent de l’histoire des femmes, car ce sont elles qui le font le mieux», s’exclame avec conviction Marie-France Burnier Vouilloz. Cette historienne était l’une des intervenantes du colloque sur l’histoire des femmes organisé par «Via Mulieris»  – une association créée en 2014 à la veille du Bicentenaire – récemment à Sierre. Deux cent trente personnes ont suivi les nombreuses conférences qui ont abordé différents thèmes.

Les femmes, les grandes absentes de l’histoire jusqu’en 1946

1903: Plusieurs générations de femmes dans la famille Pont à Saint-Luc© Médiathèque Valais Martigny

Les femmes n’ont existé pour les historiens qu’à partir de la fin de la deuxième guerre mondiale. «Auparavant, l’histoire ne s’intéressait qu’à l’événementiel, comme les batailles et les traités; c’était alors exclusivement masculin. Il y avait très peu d’intérêt pour l’histoire sociale», explique Marie-France Burnier Vouilloz. Depuis lors, la gent féminine ne cesse de se battre pour l’égalité des droits et des chances.

1909: Cours de cuisine à l’école ménagère de Monthey. Cette photographie a été présentée à l’Exposition cantonale de Sion. © Médiathèque Valais Martigny / Pantaleon Binder

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https://www.lenouvelliste.ch/articles/valais/canton/la-longue-lutte-des-valaisannes-pour-exister-dans-l-histoire-667813

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